Une vidéo du robot humanoïde Atlas vient d’être publiée. Parmi les expériences et démonstrations réalisées, l’une d’elles a tout particulièrement fait réagir les internautes. Un humain y fait tomber le robot ou lui enlève le carton des mains… un sentiment d’empathie apparaît.  

Le robot Atlas de Boston Dynamics

Avant toute chose, je vous présente cette petite merveille de technologie. Boston Dynamics, racheté par Google, développe des robots autonomes… je dirais même des robots de grande autonomie. Leur objectif est de réaliser des robots capables d’évoluer dans un environnement ouvert. Ils doivent être capables de marcher dans la nature (la forêt par exemple), monter des pentes, se déplacer sur sol humide ou enneigé, etc. Rappelez-vous, je vous ai déjà parlé du robot Rhex.

Ancienne version du robot Atlas
Ancienne version du robot Atlas

Pour le challenge DARPA, Boston Dynamics a créé le robot Atlas. Ce robot humanoïde est capable de monter et descendre les marches, ouvrir une porte, ouvrir une vanne, etc. Une version précédente pesait 150 kg pour 1m88 et présentait un point de vue design très « brut » avec notamment des fils et la mécanique apparents.

Après de multiples évolutions, Atlas mesure maintenant 1m75 pour 80kg. Des coques sur le buste et les membres cachent la majorité de la mécanique et de l’électronique. Il est équipé de nombreux capteurs dont le principal est un système de télédétection par laser (LIDAR) qui symbolise la tête. Son apparence est donc devenue moins « brute ».

 

robot atlas
Dernière version du robot Atlas

Le site businessinsider a vu Atlas à l’œuvre et indique qu’il est capable d’établir une route optimale en fonction de l’environnement et de se placer intelligemment en vue de saisir un objet. La vidéo montre de vraies performances en terme de mobilité, d’aisance, de manipulation d’objets. Il est technologiquement très en avance.

Trêve de mots… place à la démonstration en vidéo :

 


Démonstration du robot humanoïde Atlas

L’empathie pour les robots

En regardant cette vidéo, je suis interpellé. De fait, je sais pertinemment qu’Atlas est plus proche de la machine à laver que de l’humain ou même du vivant en général. De plus, je suis très cartésien. Pourtant, en regardant cette vidéo, je ne peux m’empêcher de penser au vivant et à l’humain en particulier. Lorsque l’expérimentateur enlève le carton, je me surprends à me dire: « Il le taquine, il l’embête ». Peut-on taquiner une machine à laver ? Non. Et un robot non plus ! Pourtant, à la vue de cette vidéo, je le ressens ainsi. Et les réactions endiablées de certains internautes montrent que je ne suis pas le seul à avoir été ému par cette vidéo.

J’ai trouvé des termes très forts et très éloignés de ce qui se dit habituellement des machines à laver! Les internautes ont utilisé des mots comme anxiogène, maltraitance, esclave, torture. Il ne s’agit pas d’une réaction propre à cette unique démonstration. Serge Tisseron cite dans son livre « Le jour où mon robot m’aimera » des exemples de militaires ayant une grande empathie pour leur robot. Des soldats ont ainsi déjà célébré les funérailles d’un robot. Un colonel de l’armée américaine a même fait arrêter un projet au cours duquel le robot hexapode démineur (en forme de phasme) se faisait exploser les pattes une par une tout en continuant à chercher les mines. Cette vision lui était insupportable et inhumaine.

Ce type de réaction pose problème. Ces robots sont destinés à réduire le danger que prennent les soldats. Or, cette empathie pour le robot peut amener des militaires à prendre des risques pour que leur robot ne soit pas détruit. Notons tout de même que tous les soldats ne réagissent pas de la même façon. Certains d’entre eux considèrent le robot simplement comme une machine.

Différentes études portent sur l’empathie suscitée par les robots. En 2013, des chercheurs de l’université de Duisburg-Essen ont réalisé des expériences avec le robot Pleo. Ils ont montré un film à des participants. Les chercheurs y montraient Pleo, le cajolaient et ensuite le « maltraitaient ». Les relevés d’activité physiologique indiquaient des réactions claires lors des maltraitances faites au robot.

 


Exemple de séquence utilisée par l’université de Duisburg-Essen pour son étude

 

Une autre étude, réalisée cette fois-ci au Japon, a déterminé que l’homme activait les mêmes zones cérébrales que dans le cas de sa propre douleur lorsqu’il voyait en photo des images montrant un humain ou un robot souffrir. Si les zones étaient identiques, l’empathie était néanmoins un peu plus faible dans le cas des robots.

L’empathie commence déjà avec des robots autonomes « simples ». Ainsi la majorité des ‘Roomba’ ont un surnom. En définitive, il est donc parfaitement humain d’avoir de l’empathie pour un cousin de la machine à laver 😉 .

Pour revenir à Atlas, l’empathie dégagée par ce robot tient uniquement au visionnage d’un film de 2 minutes 41. Que se passera-t-il lorsque ce sera un robot avec lequel nous partageons notre quotidien, des souvenirs, avec lequel nous sommes complices ?!

L’accélération du développement de la robotique autonome nous confronte de plus en plus à notre empathie, notre vision du vivant. Certains, comme Alain Bensoussan ou Kate Darling, militent pour donner des droits à ces êtres artificiels. Quelle décision sera prise dans l’avenir quant à ces droits? Quelle définition ferons-nous du robot dans le futur? Quelle définition ferons-nous de nous?

 

 

 

Fondateur de VieArtificielle.com et Robopolis.com, ingénieur UTC : Je m’intéresse aux robots autonomes par le prisme des sciences cognitives (les différentes « intelligences » présentes dans le robot), l’apprentissage, les comportements émergents) .