Depuis quelques années, le consensus sur les conséquences de l’automatisation et de la robotisation sur l’emploi était assez pessimiste. Toutes les études publiées ou presque convergeaient vers un fin rapide et massive du travail humain remplacé par des machines de plus en plus performantes et une intelligence artificielle de plus en plus concrète.

En ce début d’année, le mouvement semble s’inverser, puisque suite au rapport de la Maison Blanche (cf post …), le Conseil d’Orientation de l’Emploi publie un rapport qui analyse l’impact de ces innovations sur l’emploi : effets constatés et à venir sur l’emploi (volume, structure, métiers concernés, évolution ; compétences) et sa localisation (en France comme à l’international).

Deux siècles d’innovations technologiques n’ont pas supprimé le travail.

Premier élément porté au débat, le chômage technologique: préoccupation ancienne, débat constant de ces deux derniers siècles, jamais confirmé dans les faits, les innovations techniques sur le temps long ne s’étant pas accompagnées d’une réduction de l’emploi, ni a fortiori de sa disparition. Les études rétrospectives convergent au contraire pour démontrer que les progrès technologiques ont eu un effet favorable. Avec le développement de l’IA et de la robotisation, ce risque du chômage technologique est de nouveau évoqué.

 

Usine électrique de Tramway
Usine électrique de Tramway

Evacuant les biais conduisant à une surestimation du nombre d’emplois à risque d’automatisation des études prospectives (ce n’est pas parce qu’une technologie peut se substituer à l’emploi d’un travailleur qu’elle est forcément utilisée par les entreprises ; les études prospectives cherchant à mesurer les destructions brutes d’emploi ne prennent pas en compte les créations d’emplois), le COE distingue pour sa part  les emplois risquant de disparaitre et ceux amenés à évoluer.

D’un coté, les métiers manuels et peu qualifiés, notamment de l’industrie, sont les plus exposés (ouvriers non qualifiés, agents d’entretien, caissiers), de l’autre les emplois les plus « susceptibles d’évoluer », aussi des métiers manuels et peu qualifiés, mais relevant plutôt du secteur des services (conducteurs, agents d’exploitation des transports, employés de l’hôtellerie et de la restauration, aides à domicile et aides ménagères …).

Mais selon les rapporteurs, de nombreux emplois pourront être crées, directement, dans le numérique ou la robotique, ainsi que dans les autres secteurs, par effet de capillarité, via les avancées technologiques  permises par l’IA et l’automatisation. Et la diffusion des technologies d’automatisation pourrait ensuite permettre à l’économie française d’améliorer sa compétitivité, coût mais aussi hors coût, avec un effet positif sur l’emploi.

Structure des emplois et le contenu des métiers

Au delà des éventuelles conséquences sur l’emploi, l’étude s’attache à analyser celles sur le travail : quand une machine se substitue à une activité humaine, elle se substitue à une ou plusieurs « tâches », non à des « métiers ». Or tous les individus accomplissant le même « métier » n’accomplissent pas les mêmes tâches, et le contenu en tâches d’un même métier peut évoluer avec, notamment, le progrès technologique.

Dans ce cadre, et c’est ce qu’ont retenu les commentateurs, l’étude montre que :

  • moins de 10 % des emplois existants sont à risque ;
  • la moitié des emplois existants est susceptible d’évoluer, dans leur contenu ;
  • le progrès technologique continuerait à favoriser plutôt l’emploi qualifié et très qualifié.

Ainsi, avec le développement technologiques, les « métiers » vont s’enrichir, via le développement de compétences cognitives transversales – travail en mode projet, compétences analytiques interactives – et de compétences techniques nouvelles, et ce quel que soit le secteur ou le métier,

En conséquence, l’étude constate que les métiers les moins qualifiés sont les plus menacés, même si des emplois qualifiés peuvent aussi en faire partie. C’est là un enjeu formidable de revalorisation du travail, impliquant une attention particulière pour les moins qualifiés.

Avancées technologiques, et localisations de l’emploi

Le mouvement d’automatisation et de numérisation pourrait à terme contribuer à favoriser des relocalisations d’activité, avec des retombées potentielles positives sur l’emploi, même si à ce stade les exemples sont encore modestes.

La répartition internationale du travail, la mondialisation telle qu’on la connait depuis quelques décennies, est due en partie aux innovations technologiques ayant modifié les modes et les lieux de production. En diminuant les coûts de la distance, ces innovations ont pu favoriser les délocalisations vers des pays à faible coût du travail. Cette tendance, en cours depuis les années 1980, pourrait néanmoins s’atténuer, voire même s’inverser, grâce aux possibilités croissantes d’automatisation, aux évolutions de la demande, à la hausse des coûts de transport, à celle des coûts salariaux dans les pays émergents … Les perspectives de productions intégrant plus d’intelligence artificielle, de robots, de big data, et autres impression 3D, permettent de sortir dune logique de réduction des coûts salariaux, pour envisager des relocalisations d’activité dans nos pays développés. Mais comme le note le rapport, ce phénomène reste encore marginal pour la France.

En parallèle, on observe une tendance à la concentration des activités en particulier dans les villes centres, de part leur insertion dans des réseaux de communications entre territoires (et notamment le très haut débit internet).

Il faut aussi tenir compte des spécificités locales et territoriales, leur spécialisation industrielle et économiques selon qu’ils sont soumis à un risque élevé d’automatisation ou promis au développement de la numérisation. Ainsi l’étude note que les 15 plus grandes aires urbaines ont concentré 75% de la croissance de 2000 à 2010 et 70% des créations nettes d’emploi privé entre 2007 et 2014. Les villes disposant à la fois des facteurs et des marchés pour tirer parti des innovations.

Des pistes pour le futur

L’histoire économique montre qu’au cours des deux derniers siècles, l’emploi, s’il s’est beaucoup transformé, a continué d’augmenter au fil des révolutions technologiques. Le lien plutôt favorable entre l’emploi et les nouvelles technologies a également été confirmé au cours des trois dernières décennies.

Le rapport expose deux thématiques qui se posent à nos décideurs:

– les mécanismes de compensation doivent intervenir dans les meilleures conditions et les plus brefs délais

– comment bien gérer la période de transition.

Le progrès technologique n’est pas une option et la rapidité d’adaptation est aussi un critère de succès dans un contexte de mondialisation accrue.

Les scénarios peuvent être très différents selon les choix opérés par les acteurs économiques et les conditions résultant de leur environnement : normes éthiques et sociales, choix de politiques publiques, soutien à l’innovation et à la R & D, éducation, formation… Tous concernent le pacte social et le soutien à l’offre et à la demande globale.

Si la perspective d’une disparition massive des emplois existants n’est pas, aux yeux des rapporteurs, la plus probable, les évolutions en cours vont être à l’origine de profondes transformations des emplois existants, y compris dans des secteurs et métiers qui ne semblaient pas jusqu’à présent les plus directement concernés.

L’importance d’un diagnostic prenant en compte une part d’incertitude sur les effets des nouvelles technologies de la numérisation et de l’automatisation est cruciale : c’est sur cette base que doivent s’appuyer les évolutions des politiques publiques et des régulations à mettre en oeuvre. Elles ne sont ni de la même ampleur, ni de la même nature selon que les transformations sont lentes ou brutales, mineures ou massives, et concentrées ou non sur certaines compétences, certaines zones géographiques, certaines catégories d’emploi.

Comme pour le rapport de la Maison Blanche, un second tome étudiera les enjeux en termes d’évolution des compétences, de mobilités professionnelles, d’organisation et temps de travail et de modes de management : après le temps du constat, viendra le temps des propositions. Espérons que les candidats à l’élection présidentielle sauront se saisir de ces enjeux.

Des dizaines de milliers de robot ont été déployés

Il est cependant rassurant de voir que le débat s’installe en France sur des bases claires, permettant la réflexion et donc la préparation de notre avenir. Nous restons cependant soumis au biais cognitif et au mode de pensée, qui nous fait voir une même pièce d’une face ou de l’autre. Ainsi, Amazon a fait 2 annonces complémentaires : la mise en service de 15000 nouveaux robots (pour un total de 45000, soit une hausse de 50%) et l’embauche de 100000 personnes ( sur un total de 230000 en juillet 2016, soit une  hausse de43,5%).

Source: http://www.coe.gouv.fr/IMG%2Fpdf%2FCOE_170110_Rapport_Automatisation_numerisation_et_emploi_Tome_1.pdf

Consultant Expérience Client, intéressé par les Innovations en général, la robotique en particulier et les conséquences de la digitalisation sur nos quotidiens: travail, société, économie, uberisation, silver éco …