De nombreux types de robots existent. Certains d’entre eux suscitent pourtant, chez nous, davantage de réactions que d’autres. Les androïdes font partie de ces robots. Ils soulèvent de nombreuses questions et attirent notre attention. Nous les retrouvons régulièrement dans les films de science-fiction où ils tiennent parfois même le rôle principal. Sociétés et laboratoires travaillent de concert sur ces êtres qui seront un jour à nos côtés. Découvrons ensemble cette espèce si particulière.

Qu’est-ce qu’un androïde ? 

Un androïde est un robot dont l’apparence est humaine. Ce robot aura donc une forme humanoïde et présentera une apparence qui rappelle celle de l’être humain : ersatz de peau, de cheveux, etc… L’objectif est donc que cet androïde ressemble le plus fidèlement possible à l’humain. Hiroshi Ishiguro, un des pionniers du domaine, nous révèle ainsi son souhait, voire même sa vision : « Un jour, les robots pourront nous duper en nous faisant croire qu’ils sont humains ».  Il serait temps que nous réfléchissions à un test de Turing version androïde ! 😉

Origine gréco-latine oblige, rappelons que le français privilégie le terme de gynoïde pour la version féminine de ce robot même si, dans les faits, le terme androïde est utilisé uniformément pour désigner aussi bien la version féminine que masculine de ce robot.

Un petit site sympa répondant au nom de Wikipédia m’a permis de découvrir que pendant longtemps les modèles d’androïdes présents dans la science-fiction étaient principalement des gynoïdes.

Le gynoïde Geminoid-F
Le gynoïde « Geminoid-F » et son modèle humain

La vallée de l’étrange

En 1973, le roboticien japonais Masahiro Mori présente une théorie : « La vallée de l’étrange » ou « La vallée dérangeante » (uncanny valley, en anglais). Selon cette théorie, plus un robot ressemble à un humain, plus nous avons de « l’empathie » pour lui. Ce phénomène s’applique d’ailleurs aussi aux animaux. Ainsi, de manière générale, nous préférons un mammifère à un insecte ou un poisson.

Dès lors, comme l’illustre le schéma ci-dessous, plus un robot – ou une peluche – nous ressemble, plus nous l’apprécions, du moins jusqu’à un certain seuil. En effet, au-delà d’une certaine ressemblance, les petits détails qui immanquablement diffèrent, créent des perturbations et entrainent un sentiment de malaise.

 

La vallée dérangeante
La vallée de l’étrange

De nombreuses études ont été faites sur ce sujet. Marlène Moreira nous les explique dans cet article sur le site humanoides.fr.

Je ressens ce malaise en regardant des androïdes ou plutôt… j’ai ressenti ce malaise. Je l’ai ressenti en regardant Real Humans et pourtant, au bout d’un certain laps de temps, le malaise s’est estompé. Sur le moment, j’ai considéré que mon malaise s’atténuait parce que je pouvais me dire : « Ce ne sont pas des androïdes, ce sont des acteurs »! Mon malaise est pourtant revenu lorsque j’ai visionné de nombreuses vidéos pour préparer cet article (oui, je fais cela sérieusement!). Néanmoins, là aussi le malaise s’est estompé, même s’il n’a pas complètement disparu. Côtoyer un androïde quelques jours m’amènerait certainement à voir disparaître toute trace de malaise.

Finalement, cette vallée de l’étrange est peut-être simplement la vallée de l’inconnu. Nous sommes dans la découverte et l’interaction avec une « espèce » que nous ne connaissons pas. Lorsque nous nous retrouvons pour la première fois à interagir avec un serpent, n’avons-nous pas de la même manière un sentiment de malaise ?

Je suis preneur de vos avis et de vos retours d’expérience quant à la perception de la vallée de l’étrange dans le temps. Y a-t-il un phénomène d’habituation ?

Notre fascination pour les androïdes au cinéma

De nombreux films utilisent des androïdes dans le seul but d’apporter un côté « futuriste » à un film ou une série. C’est le cas de Data de Star Treck ou encore du T-800, plus connu sous son petit nom de… Terminator.

D’autres films, au contraire, mettent en scène des androïdes pour soulever des questions sur l’interaction homme/robot, mais aussi sur la définition de la vie, de l’amour, etc. Andrew (L’homme bicentenaire), Rachel (Blade Runner) ou David (Artificial Intelligence) sont de cette veine.

Nous ne pouvons parler d’androïdes au cinéma sans parler de la très intéressante série Real Humans (100% humains). De nombreux regards différents y sont présentés quant aux interactions possibles avec des androïdes au quotidien.

Hubot de real-humans
Odi, le hubot de Leannart dans Real Humans

Quel que soit le film, une tendance générale se dessine. L’androïde est à chaque fois clairement identifiable. Il est différentiable et vient d’ailleurs. Sa gestuelle, son apparence permettent de placer cet « androïde » que joue l’acteur dans la zone de la vallée étrange.

Le développement des androïdes

Au début des années 2000, les premiers androïdes apparaissent avec Hiroshi Ishiguro à l’université d’Osaka au Japon. Il réalise ainsi la première lignée d’androïdes qu’il appelle : les actroïds.

J’ai eu l’occasion de voir un actroïd lors de l’exposition universelle d’Aichi en 2005. Si le modèle n’était pas vraiment impressionnant, il avait le mérite d’être innovant.


Actroïd à l’exposition universelle d’Aichi en 2005

Dix ans après, les progrès sont manifestes. Tout d’abord, l’apparence de l’androïde est nettement plus réaliste. Le visage présente des rides, la face n’est plus uniforme et sait même se déformer par zone. Les mouvements sont devenus plus fluides même s’ils ne nous paraissent pas encore naturels. « L’androïde peut nous faire croire qu’il est humain pendant quelques dizaines de secondes », note Hiroshi Ishiguro, « mais si nous sélectionnons soigneusement les choses en fonction de la situation, il me semble possible d’arriver à prolonger ce genre d’effet sur plusieurs minutes ».

Les derniers modèles de Hiroshi Ishiguro sont Komoroïd et Otonaroïd. Ils ont été présenté en 2014 lors d’une exposition au musée national des sciences émergentes et de l’innovation de Tokyo.

Komoroïd (contraction d’enfant et d’androïde en japonais) est une « adolescente ». Elle a 30 degrés de liberté. Otonaroïd (contraction d’adulte et androïde), quant à elle, est une adulte et possède 40 degrés de liberté. Ces 2 robots gynoïdes peuvent tous deux être télé-opérés.

Lors de la conférence de presse réalisée ci-dessous, Komoroïd est à gauche et Otonaroïd se trouve sur la droite. Comme vous pourrez le constater, Komoroïd joue également le rôle de journaliste en présentant les actualités. En seconde partie de vidéo, vous découvrirez Telenoïd, un petit androïde.

 

Découverte des gynoïdes Komoroïd et Otonaroïd lors de la conférence de presse au
Musée national des sciences émergentes et de l’innovation de Tokyo

Les mouvements au niveau des visages sont actionnés par des servomoteurs et des muscles artificiels qui fonctionnent à l’air comprimé. Dès les premiers instants, nous constatons qu’il ne s’agit pas d’humains. Hiroshi Ishiguro considère que nous mettons 10 secondes à comprendre. Ces gynoïdes manquent de fluidité et n’expriment pas d’émotion ou de sensation. De mon point de vue, deux aspects me choquent particulièrement:

  • l’articulation de la bouche. Elle s’ouvre et se ferme, mais de façon complètement répétitive même si ces mouvements s’effectuent au rythme des mots. Ainsi, les lèvres ne prennent pas de formes spécifiques liées à des sons, comme le « O » par exemple.
  • l’attention portée par ces robots à leurs interlocuteurs. Ces robots manquent d’attention, ils regardent très peu la personne avec laquelle ils dialoguent.

Qu’un Japonais en la personne de Hiroshi Ishiguro soit à l’origine d’un tel développement des androïdes n’est pas un hasard. De fait, le shinto – ou shintoïsme – religion dominante au pays du soleil levant, prône l’animisme. Selon cette croyance, chaque chose, chaque objet a une âme. Certains samouraïs considèrent ainsi que leur sabre est une personne dotée d’un caractère.

De cette conception découle la relation si particulière que le Japonais entretient avec le robot. Le robot n’a pas besoin d’être utile. Le sublime robot Aïbo rencontre cette vision : inutile, seul un japonais pouvait l’imaginer. Dans le même ordre d’idées apparaissent les androïdes.

Aux yeux des japonais, l‘apparence et la notion de vie sont donc les éléments fondamentaux d’un robot. Développer des robots à forme humaine ou animale correspond donc à une nécessité complètement naturelle.

Les Japonais ne sont néanmoins pas les seuls à développer des androïdes. La société Hanson Robotics, fondée par Dr David Hanson en 2003, se revendique aujourd’hui leader. Elle s’est fait connaître avec des modèles aux visages inspirés d’Albert Einstein et de Philip K. Dick.


Interview de l’androïde « Philip K. Dick »

Le petit dernier, Han, est pour sa part présenté au festival Pioneers de Vienne en 2015. Le visage de Han est contrôlé par 40 moteurs. Son visage se déforme lorsqu’il parle. La gestuelle propre au visage s’enrichit. Il a même des rides.  Néanmoins son regard reste encore vide.

 


L’androïde Han

Et demain ?

Mon intention n’est pas ici de vous présenter une énumération du catalogue des androïdes existants. Leur nombre commence, en effet, à devenir important. Citer une liste exhaustive serait sans intérêt. Mon questionnement réside ailleurs…

Où en sommes-nous ? Cohabiterons-nous prochainement avec des androïdes ?

Ces robots ont l’apparence humaine et cherchent à s’exprimer tant par la voix que par les expressions. Pourtant, ils se déplacent très peu et ne sont pas actifs. Bien plus, ces robots sont rarement autonomes lors des démonstrations qui nous sont rapportées par film ou en présentation directe. Oui, ces androïdes sont capables de faire le spectacle et de tenir une salle en haleine, mais actuellement ils ne dépassent pas ce stade de la manifestation.

L’étude et le développement de comportement simulant l’humain sont particulièrement complexes et exigeants. A l’heure actuelle, les projets mis en oeuvre se focalisent sur ces aspects. Je suis, pour ma part, impatient de voir ces performances réunies à d’autres applications robotiques :

  • que cet androïde à l’apparence humaine ait aussi un corps capable de se mouvoir et de saisir des objets. Je pense à une réalisation très intéressante et sympathique de ce point de vue : le Albert Einstein Hubo. La tête « Albert Einstein », réalisée par Hanson Robotics a été placée sur un humanoïde Hubo, développé par KAIST (Korean Advanced Institute of Science and Technology).


Test du modèle Albert Einstein Hubo

  • que cet androïde soit équipé d’une intelligence artificielle à la manière de Watson. Avouez que ce serait délicieusement décalé de voir un androïde jouer au Jeopardy :).
  • que cet androïde soit à même de mettre en place des interactions fortes ou complexes avec les humains. Des robots sociables sont déjà capables de telles interactions. Il reste à adapter ces compétences au monde des androïdes et d’allier la physionomie à la capacité d’être en relation avec l’autre, à savoir nous.

Oui, les androïdes ont connu et connaissent de belles avancées. Les progrès sont notables. Pourtant, ces androïdes ne correspondent pas encore au robot de compagnie ou de service tel que nous l’imaginons ou l’attendons.

Nous serons amenés à les côtoyer, à interagir, à travailler ensemble, à nous divertir. Jong Lee, le PDG de Hanson Robotics, affirme que les débouchés seront présents dans « pratiquement tous les secteurs » : réceptionniste d’hôtel, cobaye médical, etc.

Pour ma part, je rejoins les propos de Bruno Bonnell : « Le robot humanoïde, et Han n’en est qu’une préfiguration, c’est un Everest technologique qui est encore loin d’être gravi ».

Après-demain sera androïde…

 

 

N’hésitez pas à commenter et à expliquer votre ressenti. Etes vous dans la vallée de l’étrange en regardant ces vidéos.

 

 

Fondateur de VieArtificielle.com et Robopolis.com, ingénieur UTC : Je m’intéresse aux robots autonomes par le prisme des sciences cognitives (les différentes « intelligences » présentes dans le robot), l’apprentissage, les comportements émergents) .